Pearo = Salut, tu peux nous faire une petite présentation ?
KRYS = J'm'appelle Krys, Dj originaire de la Guadeloupe, j'ai 21 ans.
Krys c'est ton vrai prénom ?
Non, c'est un pseudo, je tenais à en avoir un par lequel on pourrait m'appeler comme un prénom.
Tout le monde t'appelle « Krys » depuis tout petit ?
Non, c'est venu avec la musique. Mais comme ça fait longtemps justement que je suis dans la musique, ...Même si on m'entend depuis peu à un niveau commercial, ça fait longtemps que je tourne dans les sounds systems, j'avais 14 ans... Pour moi c'est une passion, je ne m'en lasse pas, tu vois...
J'ai commencé dans mon quartier. Je viens d'un quartier « chaud » en Guadeloupe qui s'appelle Lauricisque. C'est le quartier de Fuckly entre autre. C'était le rap à l'époque donc j'ai commencé par le rap tout doucement, mais bon j'ai vite tourné à la dancehall.
Pourquoi ?
Comme beaucoup de jeunes de la cité, j'étais intéressé par la musique, et comme il y avait un groupe de rap très influent, qui est le N'Oclan, le groupe de rap de Fuckly, nous tous on voulait faire du rap! Donc c'était plus par influence que je m'étais tourné vers ça... Et j'avais le goût pour écrire et pour chanter. Mais quand j'ai découvert la dancehall, tout de suite ça a fait Tilt. Le premier son qui m'a fait tilter c'était le « Big man, Little youth » de Red rat et Goofy (NDLR: il nous chante « A mi she want, you nah see how mi cute - A big man she want, she nah want nah little yute »). Moi j'étais encore un little youth, mais j'ai kiffé. Après j'ai cherché à avoir d'autres sons, j'ai écouté du Capleton, du Sizzla, du Bounty, c'est là que j'ai pris mes influences. Puis j'ai commencé à fréquenter les sounds systems. J'ai beaucoup d'influence avec le « Washington Crew » avec qui j'ai beaucoup collaboré là bas en Guadeloupe. Je tournais en sound systems avec mon crew « Black Micky » que j'ai rencontré à l'age de 15 ans.
Tu peux définir ton style ?
Non, je n'ai pas envies de me mettre une étiquette, parce que même si j'ai fais beaucoup dans le faststyle, je ne suis pas limité à ce niveau là. Je ne peux pas vraiment me définir dans un style, je m'intéresse à tout.
Reggae aussi ?
Un peu ouais. Le truc c'est qu'il n'y a pas encore eu d'opportunité. Sur mon maxi qui sort le 7 décembre, il y a un reggae. C'est un son qui s'appelle « Pé », ça veut dire en gros 'tais-toi'. C'est un message pour les hypocrites, pour ceux qui parlent derrière les gens. Le refrain est en créole, il dit : Si ce que tu dis n'est pas positif, constructif, tais-toi ! (NDLR : Il nous interprète alors son titre J big !) ]
J'ai entendu dire que tu faisais des études au Mexique ? Depuis quand ?
C'est cette année. Je fais un cursus. Même si j'n'aime pas trop parler de mes études, pour moi ma vie d'artiste c'est une chose, après c'est autre chose, mais ça ne me dérange pas d'évoquer le thème quand même. Je fais une école ici, mais j'étudie du commerce international. Donc en fait étudier une année à l'étranger, ça fait partie de mon cursus scolaire. C'est pour ça que je suis au Mexique cette année. C'est mon école qui m'a envoyé. Je reviens l'an prochain en France.
C'est un bon exemple pour les jeunes...
C'est clair ! Je dis souvent que notre génération est différente de celles d'avant. Les jeunes doivent aller de l'avant. Si je pouvais faire à la fois de la musique et la pousser le plus loin possible, des études et les pousser le plus loin possible, du sport de haut niveau, ... si je pouvais faire en même temps, je l'aurais fais. On est là pour aller de l'avant, on n'est pas là pour se limiter. Tant que je pourrais continuer les deux, je le ferais. C'est la mentalité, ... je viens d'un quartier où j'ai vu la violence tous les jours, j'ai vu des jeunes qui n'avaient pas la chance de faire des études, et je me dis que si je peux le faire, autant le faire. Notre génération est comme ça : tu sors de quelque part et tu vas le plus loin possible.
Parmis le top dancehall local, tu figures entre deux géants, Daddy Mory et Admiral T, ça te fait quoi ?
En fait, je suis content et fier de pouvoir évoluer au coté d'artistes comme ça. Admiral, c'est quelqu'un que j'ai connu dans ma période underground, quelqu'un avec qui j'ai de très bons rapports. J'l'ai connu un peu avant la période de 'gwadada'. On a eut le temps d'échanger des vibes de faire des freestyles, de se rencontrer en sounds systems... C'est quelqu'un dont je respecte énormément le travail.
Quand je suis venu ici l'an dernier, j'ai fais la connaissance de Mory, qu'on ne peut que respecter quand on fait du dancehall.
Ca s'est bien passé ?
Ha ouais carrément !! On a fait une scène au Millénaire. C'était dément ! Y'avais Fuckly, lui et moi. Fuckly est passé en premier, moi en deuxième, lui en dernier. Il est venu nous chercher pour faire un freestyle. On a fait une scène a trois. C'était dingue. Mory envoyait des vibes, je rentrais derrière, c'était énorme !! On s'est check' réel. Positif !
Tu écoutes quoi en général ? Que de la dancehall ?
C'est vrai que j'avais ce défaut, avoir tendance à écouter que du dancehall et du reggae. Maintenant j'essaye de m'ouvrir à d'autres musiques. Le fait d'être au Mexique me permet de découvrir autre chose, d'écouter d'autres formes de musique, et ça ne peut être que positif.
Il n'y a pas de sounds systems là bas ?
Non il n'y a rien. Ça m'a fait beaucoup de bien car ça me permet de m'éloigner de ce qu'il se passe ici, et de check d'autres vibes.
T'es loin de Babylone ?...
Ouais, ... mais je trouve la présence de Babylone dans d'autres formes.
Le fait de la proximité du Mexique et des Etats-Unis... J'ai fais un séjour aux Etats-Unis. J'ai rencontré des jeunes noirs américains au Texas à Houston, dont une noire américaine qui me disait qu'elle était dans une université « all black »...avec que des noirs quoi... Je lui dis : « Comment ça ??? » Elle me répond : « Ca nous permet à nous les noirs de faire des études à un bon niveau, pour ceux qui n'ont pas les moyens »...Je lui réponds : « Attend, tu me racontes quoi là ? Est-ce que tu me racontes que c'est une université pour ceux qui n'ont pas les moyens ?? Ou pour que les noirs ?? Ou est ce que ce sont que les noirs qui n'ont pas les moyens ? » Je comprendrais une université pour ceux qui n'ont pas les moyens, mais là j'ai bloqué... Donc, tu vois, il fallait que j'aille à Houston pour voir ça. Ici n'y a pas ça, heureusement. Ça me permet de voir autre chose. Le Mexique c'est un autre monde par rapport à ici. J'n'ai pas perdu la vibe raggamuffin parce qu'elle est dans mon c½ur. J'écris énormément là bas. Je ne suis pris dans le rythme fou d'ici. Ça me permet d'écrire de prendre mon temps pour faire mes textes ça m'a plus apporté qu'autres choses. Je suis parti quatre mois, je reviens quatre fois plus bad !!
Tu as hâte d'y retourné ?
Non, j'avais surtout hâte d'arriver ici, car c'est mon premier produit personnel. (NDLR : après être apparu sur les compilations r2d2, ; san kombin, Méga watt, Aaxia, dancehall trax, tropical mix). Le titre c'est « Limé mic'la ». Il y a 10 titres. L'histoire de ce cd est partie du fait que par rapport au succès de mes titres surs les compiles, j'ai tourné énormément en prestation, et quand les gens venaient me check après, il me demandait « ho mec, c'est vraiment bien ce que tu fais, où je peux trouver l'album ?? » Alors je répondais «Si tu veux 'en vle on gal' tu achètes Méga watt, si tu veux 'mouvmen la' tu achètes aaxia... » . C'est parti de cette idée, rassembler tous ces sons sur un produit Krys. Mais on ne pouvait pas resservir aux gens des sons de l'an dernier. Donc on a préparé un maxi de 10 sons, dont 6 inédits. Et en bonus 4 sons que les gens peuvent retrouver.
Tu le sens comment ?
Je le sens bien, je me suis appliqué, beaucoup amusé, j'ai essayé de bien faire les choses et l'équipe qui est là est une super équipe, je m'entends super bien avec eux, ils travaillent super bien, dans la bonne humeur.
Vous êtes combien ?
On doit être 6 ou 7 à travailler dessus.
Tu as un mentor ?
J'ai l'impression que toute l'équipe est là comme un seul avec moi. Je ne peux pas dire qu'il y a vraiment quelqu'un. Bon y'a Nico qui est devenu mon manageur quand j'ai posé pour en 'vlé on gal', tout de suite il a kiffé grave, il a dit « bon ben on va faire le clip là !!» (Rire). Et ça a marché. La musique, c'est plus une passion qu'autre chose. Faire de l'argent c'est le cadet de mes soucis. C'est déjà une chance de faire ma musique à un tel niveau. M'exprimer, que les gens puissent avoir accès à mes sons, que je sorte des morceaux qui passent à la radio, que les gens puissent écouter... Pour moi c'est déjà super ! Que j'ai la possibilité de faire des prestations, partager la vibe avec le public...voilà.
Aimerais tu produire des jeunes aux Antilles qui pourraient cartonner??
C'est clair ! Entre les études que je fais et ce que je vis en ce moment, c'est clair que plus tard... Les Antilles, c'est un vrai vivier de talents, il y en a pleins ! Bon en ce moment y'a Saik, c'est même plus la peine de le présenter, Odceen, Samix, ...etc. Il y a grave des talents là bas ! Il y'a mes frères de Black Micky. Ils déchirent.
Tu surf sur le net ?
De temps en temps. Mais il faut se mettre à la technologie. J'ai déjà visité votre site : les mixs circulent bien.
Tu as un site perso ?
C'est en construction.
Tu peux nous parler de Kickilla?
C'est Mister Francky qui fait les riddims, Captain Nico mon manageur...etc. Ils ont produit les compiles MégaWatt, Killa Session 1 et 2, R2D2, more vibes. Au début ils faisaient que des compiles et je suis le premier artiste qu'ils prennent en développement. Le courant est tellement bien passé.
Au niveau sounds systems ?
C'est vrai que j'ai plus d'affinité avec des sons de Gwada. Ca fait longtemps que je fonctionne avec eux. Lorsque j'ai commencé à côtoyer Admiral, j'allais chez lui et je voyais son frère Jerry d'Arawak. J'ai fais des dubplates pour lui, des freestyles avec Admiral, Little Espion, Curtis. J'ai grave des affinités avec Arawak sound, avec Blackwarell aussi. Ceux qui avaient posé sur R2D2 avaient participé au concert de Féfé typical et Tiwony, double trouble au Centre des Arts en Guadeloupe. On les rencontrait en sound system aussi.
Des riddims préférés ?
En ce moment il y'a le military riddim qui me rend fou. Je vais poser un son dessus tout à l'heure. Même si j'ai mon produit qui va sortir, je reste en contact avec l'underground. C'est un son qui va circuler. Le military est trop bad. J'ai été très fier du B52 (Garde Cocotte). J'le trouve trop fort ; Les riddims de mon album aussi, j'les ai choisi. On a travaillé dessus avec Francky.
Le Black Power riddim? (Libéré riddim la)
C'est un riddim local. C'est un frère martiniquais qui s'appelle Scientifik. Il fait de supers bons riddims.
Interview avec riddimkillah